30 décembre 2006
ANTI-QUEER : LE BEST OF
Ce qui est bien, avec les êtres humains, c'est qu'ils peuvent évoluer.
Bon, du coup, on découvre des zones d'ombres dans le passé.
Ma zone d'ombre, était terriblement anti-queer, anti-feministe, homophobe. La totale quoi.
Aujourd'hui, je fais un coming out terrible... Best of des conneries que j'ai pu débiter (et que j'entends encore de la bouche d'autres personnes... évolueront-elles ?) : (attention, certaines sont vachement hard)
phase 1 : je suis hétérote. y'a d'autres possibilités ?
- mais l'homosexualité, c'est pas naturel, il suffit de voir les organes génitaux des hommes et des femmes
- moi je suis contre l'égalité entre les sexes, sinon il faudrait abolir la galanterie, ça me ferait chier
- c'est vrai que les hommes sont faibles, sexuellement, face aux femmes, donc je comprends l'idée du voile dans l'islam qui n'est pas si insensée que ça en fait. (Mais bon, je vois pas ce que le voile change. Ca devrait plus être dans l'habillement, et puis il faut quand même laisser les femmes libres de choisir.)
- je déteste les gens dont on ne sait pas trop si ils sont des hommes ou des femmes, c'est malsain au possible.
- le féminisme, c'est un truc de nanas frustrées. Je déteste Simone De Beauvoir, elle a foutu le bordel dans notre société
phase 2 : je suis peut-être lesbienne
- moi je kiffe les femmes, pas les hommes, je comprends pas l'intérêt des femmes masculines... des hommes avec un vagin, ça me botte pas du tout.
Tiens, annecdote du jour : avant de me dire "tiens je suis peut-être lesbienne", je ne portais que des baggy-sk8shoes, je marchais comme un cow boy, et j'aimais bien aller à l'hosto me faire recoudre des bouts de peau, en disant "même pas mal". Et puis un jour, l'horreur : "mais dis donc, c'est des drôles de sentiments que j'ai là pour cette sk8euse".
Donc forcément, comme la momossessualité c'est mal, trés mal, j'ai du voir ce qui clochait chez moi. Première chose : devenir plus féminine. Et voilà pourquoi, aujourd'hui, je porte des jupes.
(plus lesbienne que jamais, pourtant...)
Bref, et puis un jour, rencontre avec les théologies protestantes, puis avec le féminisme, et quelques mois plus tard, avec les queer studies. Et ces lectures ont changé ma vie.
Nul cas n'est désespéré : voyez d'où je viens.
13 décembre 2006
L'ESPACE PUBLIC HYPER SEXUALISE
Il y a quelques semaines semaines, une affaire de viols en réunion à répétition (tournantes) à Zurich-Seebach, concernant une jeune fille de 13 ans et une dizaine de jeunes hommes entre 15 et 18 ans, dont le copain de la fille, a ému l'opinion publique. Les scènes avaient été filmées sur des téléphones portables.
Ce n'est pas la première fois que ce genre de délits sexuels dont les bourreaux sont mineurs font la une des journaux en Suisse.
Et tout le monde de se demander : "mais que se passe-t-il chez les jeunes ?"
Certains expliquent que l'origine étrangère des jeunes hommes est la clé [1]. En effet, les dernières vagues d'immigration en Suisse proviennent des pays ayant une longue histoire de guerre (balkans) ou de contrées extrèmement reculées (anatolie orientale). Cette population est statistiquement celle qui commet le plus de délits en Suisse, et est également la moins "intégrée". Les vagues plus anciennes (italiens, skrilankais...) ont au contraire trés bien été intégrés.
Si il est probable que le contexte social et familial joue un rôle prédominant, il reste la question "pourquoi est-ce que la société rend de tels excès possibles ?"
Nos sociétés occidentales définissent certaines règles de ce qui se fait, et ce qui ne se fait pas. Violer, tuer, ça ne se fait pas.
Les personnes dont l'influence majeure n'a pas été cette justice occidentale, mais une injustice de guerre par exemple, ou une injustice sociale ont plus facilement tendance à agir contre les valeurs que nous estimons justes.
Mais est-ce qu'elles ne sont pas incitées à agir ainsi ? Et pourquoi d'autres personnes, qui vraissemblablement n'ont pas eu à souffrir d'exclusion, de pauvreté, ou de guerre, commettent également des crimes innaceptables ?
Il ne s'agit pas de nier la liberté de chaque être humain, être humain qui est selon moi "pécheur", en reprennant le vocabulaire religieux, et qui dont peut utiliser sa liberté de façon néfaste.
Tant que l'être humain a une loi intérieure (loi de Dieu) et/ou extérieure (respect des lois de la justice), celui-ci va se comporter d'une façon socialement acceptable.
Mais que se passe-t-il, lorsqu'une personne qui n'a plus de respect de la loi, se balade dans l'espace public européen ?
Vous l'avez surement remarqué, notre espace public est hyper sexualisé.
Personnellement ça ne me dérange pas de voir des belles femmes, parce que je suis satisfaite de ma vie, et que des belles femmes, je peux aussi en voir en vrai. Du coup, j'aurai tendance à dire "encore !".
Ca c'est sans avoir réfléchi.
Si je réfléchi 2 secondes, je me rendrai compte qu'un seul type de femme est représenté : la femme grande, mince, "belle" et féminine. Elle est aussi trés sensuelle. Sexuelle parfois. (et la plupart du temps européenne, mais cela commence à changer). J'ai beau chercher, je ne trouve d'autres femmes en images.
L'homme est quant à lui musclé, grand, mince, sûr de lui, fort, "beau", masculin. De plus en plus, on rencontre des hommes un peu androgynes (pas trop, car on voit bien que c'est un homme, quand même !).
C'est la recette du succès : soyez comme eux ! Ainsi, toutes vos proies vous tomberont dans les bras.
Et puis si ce n'est pas le cas,
1) vous êtes féministes, ou expert-e en marketing, et savez relativiser
2) vous devenez boulimique, anorexique, frustré-e voire déprimé-e.
3) ou vous finissez par vous prendre ce droit fondamental qu'est le droit au sexe, que vous soyez beau-belle, ou pas (en violant par exemple, ou en vous payant un-e pute [2]).
Toute la société sue le sexe. C'est normal non ?
Solution ? Censurer ? Certainement pas. Réglementer ? Un minimum, certainement (interdir les représentations ouvertement sexistes par exemple. C'est là que ça devient délicat, car en un sens, cette proffusion de femmes "parfaites" et dévétues est sexiste, de par l'inexistance d'alternatives).
Et surtout, encourager les représentations des genres alternatives sur les murs, dans les vitrines. Dans la rue aussi, bien qu'elles soient déjà nettement plus visibles dans la rue.
Comment ? En faisant des happenings, comme l'ont souvent fait des groupes queer. Malhreusement, ces moyens d'actions, s'ils sont indispensables, n'ont que peu d'efficacité.
En tant qu'association, faire des campagnes d'affichage. En temps que publicitaire, essayer d'exercer de l'influence dans son entreprise. En temps qu'artiste, cinéaste, écrivain, journaliste, user de l'influence de son métier. Faire du lobbying auprès des entreprises, de l'Etat. En temps que consommateur-e, écrire à la direction publicitaire des grandes marques. En temps qu'individu, marcher dans la rue en étant fièr-e de ne pas correspondre aux normes.
La liste est ouverte.
Et la liberté de chacun. Et le devoir de la société d'intégrer au maximum tous ses citoyens, afin que ne naissent pas des zones de frustrations trop extrèmes.
1 | info pour faire taire les idées reçues d'une suisse blanche et bien hélvétique : pourcentage d'immigrés (non encore naturalisés) en suisse : 20%. Je ne connais qu'une seule personne suisse n'ayant pas au moins un ancêtre proche (grands-parents) d'origine étrangère. La suisse grandit et est forte depuis 100 ans grâce à ses étrangers.
Statistiques : http://www.bfm.admin.ch/fileadmin/user_upload/Aktuell/Pressemitteilungen_deutsch/2006/PMAnhang_Ausl_nderstatistik_August_f.pdf
2 | pour ou contre le travail du sexe ? La réponse n'est pas aussi évidente qu'elle en a l'air. C'est un sujet pour autre un billet.
03 décembre 2006
DECEMBRE
1er Dimanche de l'avent. Rues blindées. Ciel bleu. Air froid.

TRAVERSEZ - Devant le grand magasin Jelmoli
01 décembre 2006
LE SON DU JOUR : EMILIE SIMON
Emilie Simon, Opium
Extrait de son album "Végétal", 2006
LE COMING OUT PERPETUEL
Ca commence à me fatiguer.
Ca commence à me fatiguer d'être hétéro par défaut. Dans la tête des gens, point de choix multiple. Une femme ne peut qu'être avec un homme, et un homme avec une femme. C'est tellement évident que ça n'a pas besoin de nom. On ne te demande pas ton avis, tu es aussi comme ça.
Invisibilité.
Alors il me faut corriger. Avant, ça me faisait marrer de voir la tête des gens à l'annonce de la situation "mA copinE". Maintenant, ça me fatigue.
Ca pourrait être une correction de rien du tout, du genre "ah non, moi je n'aime pas le fromage" (ce qui est absolument faux : plus ça pue, plus c'est bon). Une fois que c'est dit, on n'en parle plus, ça ne change rien que tu l'aimes ou pas.
Mais visiblement, quand on est gouine ou pédé, ça marque les gens. Ca change un peu (ou beaucoup, suivant l'homophobie) l'image qu'ils ont de nous. Ce n'est pas forcément grave, mais à force, répéter le coming out et encore et encore, c'est fatiguant.
C'est fatiguant aussi de devoir coller à l'image que les gens se font du sexe auquel on appartient (selon eux).
Pas plus tard que tout à l'heure, je n'ai pas été un "vraie" femme, parce que je remettais en question "l'intuition féminine".
Y'en a marre des "hommes" et des "femmes". Pourquoi faut-il absolument que quand je souffle en montant la côte à pied, ce soit parce que je suis une "femme" ? Non ! C'est parce que je manque d'entrainement ! (c'est vexant en plus, avant j'étais trés sportive...)
On nous rappelle constamment l'ordre juste des choses : "femme féminine", "homme masculin". Sexe = genre.
Et moi je suis plutôt féminine à première vue, alors ça m'énèrve encore plus.
Comment faire comprendre aux gens que tout genre est une performance, même celui des femmes (sexe) féminines (genre) ?! Justement celui-là !
Aaah y'a du pain sur la planche !
















